Notes : les personnages et le lieux sont un clin d'oeil à des personnes que j'aime beaucoup, et qui portent un magnifique projet dans le Perche. Néanmoins les dialogues, et les situations sont fictives pour illustrer mon article.
Clique ici : Pour lire l'article en format BD (dans l'article le format passe mal)
Créer un gîte.
Sur le papier, l'idée est séduisante.
Vous êtes coach et vous rêvez d'un lieu où accueillir vos propres stages plutôt que de louer des salles aux quatre coins de la France.
Vous êtes artisan ou producteur et imaginez un lieu où vos visiteurs pourraient séjourner, découvrir votre savoir-faire et repartir avec vos créations.
Vous êtes passionné de nature, de cuisine, de randonnée, de patrimoine, de bien-être…
Vous arrivez à la retraite et souhaitez donner une nouvelle vie à une maison devenue trop grande, tout en générant un complément de revenus.
Ou encore un ras le bol de la ville, une envie de Nature, d'un nouveau cadre pour votre famille. Un virage professionnel comme on en voit de plus en plus.
Ou peut-être avez-vous simplement croisé cette vieille bâtisse qui vous fait de l'œil depuis des années.
Et si vous en faisiez un gîte ?
C'est souvent comme cela que l'histoire commence.
Et après avoir rencontré de nombreux porteurs de projets, j'en suis convaincu : derrière la création d'un hébergement touristique se cache rarement une simple recherche de rentabilité.
Il y a presque toujours un projet de vie.
Un virage.
L'envie de travailler autrement, de vivre ailleurs, de transmettre quelque chose, de rencontrer des gens ou de valoriser un patrimoine.
Et oui, cela peut être une excellente idée.
Mais pas toujours pour les raisons que l'on imagine.
Le rêve peut vite devenir une nouvelle charge
Un hébergement touristique peut apporter un précieux complément de revenus.
Mais il apporte aussi… un nouveau métier.
Commercialisation, réservations, accueil, ménage, linge, maintenance, messages voyageurs, tarification, plateformes, administratif, imprévus…
Individuellement, aucune de ces tâches ne paraît insurmontable.
Additionnées, elles peuvent transformer le projet de vie en une nouvelle charge quotidienne.
J'ai rencontré des propriétaires qui avaient imaginé gagner en liberté grâce à leur projet et qui se retrouvaient finalement prisonniers de son exploitation.
C'est ici qu'une première question devient essentielle :
Quelle place souhaitez-vous réellement occuper dans votre projet ?
Si votre talent est d'animer des stages, votre valeur n'est probablement pas de passer trois heures à gérer du linge.
Si vous êtes producteur, votre richesse se trouve peut-être davantage dans la rencontre avec vos visiteurs et la transmission de votre savoir-faire que dans l'optimisation quotidienne de vos annonces.
Déléguer devient alors nécessaire.
Mais déléguer ne signifie pas délaisser.
On peut confier sa commercialisation, son ménage ou certaines opérations tout en comprenant suffisamment ces métiers pour les piloter, choisir les bons partenaires et conserver la maîtrise de son expérience client.
Un beau gîte ne suffit plus
Deuxième réalité : la concurrence est forte.
Une jolie maison, quelques chambres confortables, une piscine et une annonce bien rédigée peuvent fonctionner.
Mais elles ne constituent pas nécessairement un concept.
Aujourd'hui, les voyageurs ont accès en quelques clics à des centaines d'hébergements.
Alors pourquoi viendraient-ils précisément chez vous ?
C'est là que j'invite souvent les porteurs de projets à faire quelque chose qui peut sembler contre-intuitif :
- ne cherchez pas à plaire à tout le monde.
- Osez vous positionner.
- Osez entreprendre depuis vos passions.
Un hébergement peut devenir un lieu pour pratiquer le yoga, observer les étoiles, apprendre la permaculture, découvrir un métier d'art, travailler quelques jours au calme, partir à vélo, cuisiner, écrire, randonner, se retrouver en famille ou simplement ne rien faire.
Il existe aujourd'hui 1001 raisons de voyager.
Il en existe probablement une qui rencontre profondément votre histoire, vos talents et vos envies.
Et c'est justement ce qui peut rendre votre projet différent.
Mais une passion ne suffit pas non plus
C'est probablement l'autre piège.
Un projet peut être parfaitement aligné avec son créateur… et ne pas fonctionner.
J'ai rencontré en Ardèche une professeure de yoga qui avait imaginé un lieu formidable pour accueillir des groupes.
Le problème ?
Le lieu était particulièrement isolé et difficilement accessible sans voiture.
Ce n'était pas nécessairement une mauvaise implantation.
L'isolement pouvait même devenir une force extraordinaire pour son concept.
Mais encore fallait-il penser le transfert des participants depuis une gare ou un point de rendez-vous.
Ailleurs, une amie avait créé un gîte éloigné de son habitation. Cette distance, qui semblait anodine lors de la conception, rendait ensuite son exploitation et sa commercialisation beaucoup plus compliquées qu'elle ne l'avait imaginé.
Ce sont parfois de petits détails.
Mais dans l'exploitation quotidienne, les petits détails deviennent de grandes réalités.
Créer un hébergement touristique demande donc de croiser plusieurs expertises : tourisme, expérience client, modèle économique, exploitation, territoire, réglementation, commercialisation…
Et idéalement de se poser ces questions avant d'avoir investi l'essentiel de son budget dans les travaux.
Et si votre gîte devenait votre IKIGAI ?
C'est probablement ainsi que j'aime regarder ces projets.
Imaginez trois cercles.
Le premier, c'est vous.
Vos passions.
Vos compétences.
Votre histoire.
Le mode de vie que vous recherchez.
Ce que vous avez réellement envie de faire au quotidien.
Le deuxième, ce sont les voyageurs.
Pourquoi viendraient-ils ?
De quoi ont-ils envie ?
Quelle expérience recherchent-ils ?
Pour quelle raison seraient-ils prêts à traverser la France, ou simplement à faire quelques kilomètres supplémentaires, pour séjourner chez vous plutôt qu'ailleurs ?
Le troisième, c'est le territoire.
Qu'est-ce qui existe déjà ?
Qu'est-ce qui manque ?
Quels acteurs pourraient devenir vos partenaires ?
Quels flux de voyageurs existent ?
Quels savoir-faire, paysages, producteurs, activités ou patrimoines pourraient enrichir votre projet ?
Et quelque part, au croisement de ces trois dimensions, se trouve peut-être votre concept.
Un projet épanouissant pour celui qui le porte.
Une expérience désirable pour ceux qui viendront la vivre.
Et un lieu qui trouve naturellement sa place dans son territoire.
C'est là qu'un gîte cesse d'être simplement un hébergement.
Il devient un projet entrepreneurial.
Un projet de territoire.
Et parfois même, réellement, un projet de vie.
Alors, créer un gîte : une bonne idée ?
Oui.
Cela peut même être une formidable idée.
À condition de ne pas commencer par se demander combien de chambres on peut mettre dans la maison.
Mais plutôt :
« Quel projet ai-je réellement envie de faire vivre ici ? »
Parce qu'il existe aujourd'hui mille et une raisons de voyager.
Encore faut-il trouver celle qui vous ressemble, le bon endroit pour l'incarner… et le bon regard pour entreprendre.
Cet article vous a plu, et vous avez un projet de création ? Prenez un RDV offert avec moi via le lien sur le site.
J'en profite pour remercier :
Elsa, Damien : pour votre soutien et votre magnifique projet de vie.
On avait oubié Yuzu, un personnage clé de la BD : il est dans la dernière planche de remerciement.
Et un hommage à Mamie Plume, rien qu'en l'écrivant j'ai les larmes aux yeux.